La place du cancre

On attaque les exercices de navigation. Cela se passe sur table, dans la salle commune. Calculs des marées et des courants, route fond, route surface, transports d'amer,... Ca ne fait pas encore partie de mon vocabulaire, tout ça. Je me sens à la fois excitée d'apprendre et un brin piquée par l'appréhension. Est-ce-que je vais être à la hauteur ? Je ne vais pas trop galérer ? Il y a tout de même un bon bouquin de choses à assimiler.
Mes camarades sortent leurs cahiers, livres et trousses. Il y en a même qui ont leur propre compas pointe sèche. Moi, j'ai un stylo plume. Mais pas de cartouches de rechange.
Pour le moment, je pense que je suis bonne pour la place du fond, celle à côté du radiateur.
Je n'ai pas vraiment eu le temps de réviser avant de venir. Par contre, d'autres ont l'air plus que préparés.
Régis, le normand, a tout révisé. Dans son sac, le Code Vagnon du permis côtier, quelques bouquins sur la voile et un classeur épais comme deux livres de recettes de "Françoise Bernard" (ou Ginette Mathiot, pour ceux qui préfèrent). On rajoute une bonne pile de feuilles vierges, une trousse avec des crayons, des stylos et des cartouches d'encre de toutes les couleurs, des gommes qui n'ont jamais gommé et même un taille crayon - (je n'en avais pas vu depuis le lycée) ! Une vraie papeterie, ce garçon.
Quand je lui avoue que je n'ai pas révisé mes connaissances nautiques, il me rétorque : "Moi, pas de risques. Je suis au taquet ! ". Ah, il me semblait...
Bon, j'espère qu'il me prêtera quelques feuilles parce que moi, j'ai même pas pensé prendre de quoi écrire...