Les Iles Chausey
Un jour, nous avons pour instruction de nous éloigner des côtes bretonnes, afin de gagner l'archipel des îles Chausey. Si proche et si lointaine, Chausey semble hors du temps. On dirait un puzzle, dont les pièces ont été séparées. Un après-midi entier, nous avons zigzagué entre les îlots, les rochers, les moulières ,... Ce jour-là, plus de veste de quart mais juste un gros pull, des lunettes de soleil sur le nez, les bonnets dans la poche. Nous avons découvert les joies du pilotage, au milieu de ce champ de cailloux. Un régal !

Le soir, nos deux bateaux se sont mis à couple pour passer la nuit au mouillage. Nous avons sorti les verres, tartiné le pain de fromage de chèvre, arrosé le tout de miel et lancé l'apéritif sur un coucher de soleil. Trop tentant, j'en ai profité pour monter en haut du mât et prendre quelques photos. Guillaume et Loïc, les deux moniteurs, se sont chargés de m'assurer. La montée en a été, disons, mouvementée : moi, en train de m'agripper au mât tant bien que mal et les deux autres en bas, tirant sur les drisses de toutes leurs forces, pour me hisser le plus vite possible. Mon appareil n'y a pas résisté. Heureusement les souvenirs, eux, ont tenu le coup : un ciel rose-orangé, une mer à perte de vue parsemée de bouts de terre, de cailloux et ces deux bateaux côte-à-côte, une dizaine de mètres sous mes pieds. L'équipage me semble loin, un vent léger souffle sur mes joues. Je me sens sereine tout là-haut, à respirer le grand air,... Instant de grâce que je savoure en solitaire, un appareil photo cassé dans la poche et deux tartines de fromage à la main, hissée deux minutes plus tôt dans un seau, par mes camarades d'en bas. Je n'ai pas hâte de redescendre...