Faire la vaisselle. Ou comment laver les assiettes… et son esprit
Quand nous sommes à terre, nous logeons dans des grands bâtiments avec de grandes cuisines, de grandes salles à manger, de grands dortoirs et de petites douches. Que ce soit la vieille bâtisse de Marseillan postée sur les bords du canal du Midi ou l’ancienne ferme bretonne de Coz Castel (Paimpol) avec vue sur la rivière du Trieux, les sites où nous dormons cumulent le charme et le dépaysement. Mais il faut aussi les entretenir. Et nous entretenir.
Pour cela, il y a les « bordées » : chaque jour, un groupe de trois personnes se dévoue pour accomplir les tâches quotidiennes : la préparation des repas, la vaisselle, le ménage, le nettoyage des sanitaires,…

Sur le bateau, par contre, pas de bordées. Pas de ménage à faire, pas de toilettes à récurer, pas de douches à lessiver,... Il faut juste faire à manger et laver les couverts. Comme nous ne sommes que cinq ou six, chacun se porte volontaire. Et là, on peut parfois constater que les motivations s'émoustillent légèrement.
Température extérieure 6°c, vent, pluie,... Après une journée passée à tenter de me réchauffer pieds et mains gelés, je n'ai qu'une envie : m' asseoir au chaud dans le carré, enfiler une paire de chaussettes sèches et bouquiner tranquillement. Mais c'est uniquement dans ma tête que cela se passe. Parce qu'on est tous affamés.
Chaque soir, c'est à peu près le même schéma. Certains attendent sagement que le repas se prépare tout seul. Quand leur estomac est trop insistant, ils se lèvent , sortent une planche et commencent à découper les légumes. D'autres, à peine arrivés au port, se jettent sur les poêles. Implicitement, tout s'improvise, au jour le jour. Ceuxqui ne font pas à manger font la vaisselle. Tout s'organise.
En parlant de vaisselle...
Quand nous sommes au port depuis quelques heures, enfin secs, réchauffés par le petit radiateur électrique du bord et rassasiés par de bonnes lasagnes maison, c'est l'instant fatidique. On se regarde avec plus ou moins d'insistance, en espérant que nos regards suggestifs inciteront certains à se désigner pour aller laver les plats.
Car il faut en trouver, une raison, pour ressortir avec son petit seau chargé d'assiettes sales. Lors des premiers stages embarqués, j'avais du mal à m'y coller. Mais ces dernières semaines, je l'ai trouvée ma motivation : je respire. Adolescente, quand je partais en camps, on chantait une chanson pour se motiver pendant que l'on avait les mains dans la mousse. Le refrain disait à peu près ceci : "la vaisselle, ça fait passer le mal de tête...". J'ai enfin compris. Vingt minutes, éponge en main, hors du bateau. L'occasion de sortir du confinement, d'avoir quelques mètres de plus au-dessus de ma tête. Penser à autre chose. Quelques instants d'isolement. Si j'avais imaginé qu'un jour, la vaisselle me procurerait autant de plaisir...