Introduction à la composition d'un équipage

Depuis que je travaille à La Radio de La Mer, mon ami Jean-Michel me répète souvent qu'un équipage ne se compose pas forcément des meilleurs. Pour lui, il faut des personnes qui d'abord s'entendent bien. Mais surtout, des individualités qui adhèrent à un projet commun. Avec une envie d'aller ensemble, dans le même sens.

Dans cette formation, c'est un peu différent. L'équipage s'est fait en fonction des inscriptions. Les dix premiers inscrits
, tout simplement. Douze personnes, entre 22 et 48 ans. Certains ont quitté leur travail pour venir ici, d'autres font une coupure dans leurs études, d'autres encore sont entre deux boulots,... Des caractères qui se complètent ou s'électrisent. Des personnalités plus ou moins souples, plus ou moins discrètes, plus ou moins imposantes,... Pris tous ensemble, ça donne à peu près ça : un maniaque, quelques bordéliques, une accro au Nutella, deux spécialistes des fonds de plats, un chasseur de toucan, un peintre andalou et son sèche-cheveu, une frisée pas coiffée (non, ce n'est pas moi), un pizzaïolo lunatique, deux formateurs pas-très-propres,... Et moi-même, frileuse de la première heure et innocente victime du mal de mer...

Vous faire le portrait des mes douze comparses en veste de quart serait un peu long. Mais je peux déjà commencer par deux d'entre d'eux.
Régis, par exemple. Il ne jure que par Granville. Naturellement, nous l'avons surnommé le "granvillain". Régis n'aime pas la vie en collectivité. Régis ne fait pas la vaisselle, ne met pas le couvert, ne fait pas la cuisine, ne range jamais le bateau. Si on lui demande avec force
insistance et un grand sourire, il accepte toutefois de participer un tout petit peu au bien-être collectif. Mais il est aussi attachant. Bavard, râleur, drôle,... mine de rien, il anime la vie de l''embarcation. Par contre, il sent pas très bon des pieds. Nous non plus d'ailleurs. Mais lui, c'est pire. Vraiment pire.
Avec nous, il y a aussi André. Avec lui, ça file droit. Il est chef-cuisinier. Organisé, rigoureux, droit,... c'est un homme qui aime l'ordre. Sauf que nous, on n'est pas toujours très ordonnés. Alors souvent, on le sent qui bouillonne intérieurement. Dans le bateau, il ne faut surtout rien laisser traîner. Sur le pont, il ne faut pas traîner non plus.
Mais il se soigne, André. Il prend sur lui. Après nous avoir prouvé son exigence en matière nautique en donnant de la voix les premières semaines, on commence à voir chez lui les signes d'une sensibilité bien cachée. Il faut juste savoir lire entre les lignes...