Je continue mon tour du bateau en compagnie de mes co-équipiers, avec Damien. C'est un peu notre premier de la classe. 22 ans et sacrément débrouillard, ce garçon. La main ferme et souple sur la barre, l'oeil rivé sur les moindres recoins des voiles, c'est un "voileux" pure souche. Il est déjà moniteur de catamaran aux Glénans et passe donc ses étés à encadrer des stages, en faisant le malin avec sa combinaison néoprène et ses lunettes de soleil profilées. Il paraît que ça plaît aux filles... Mais ce n'est pas lui le dit. Discret et fin observateur, Damien aime optimiser son bateau, gagner un dixième de noeuds en réglant les voile s au millimètre près, trouver l'angle optimal de gîte du navire, défier les équilibres. Il serait capable de gratter la coque avec un cure-dents.
Le dernier de mes camarades qu'il reste à évoquer s'appelle Romain. C'est notre «gars du Nord». Avant de s'attaquer à l'hiver breton, il venait de passer un an comme infirmier; dans un hôpital de Guyane. Du coup, il n'a pas dû se méfier du soleil breton, car au fil de la formation nous avons vu son visage rougir, rougir... Cheveux courts et barbe blonde, ironique volontiers cynique, Romain cultive son côté pince-sans-rire. Mais sa manière de lancer des piques en permanence, de répondre au second degrés me fatigue parfois. Comme un mur qui ne veut rien laisser transparaître. Et pourtant, ce garçon doit bien avoir un minimum de sensibilité. Il faut l'avoir entendu au téléphone avec sa douce, pour s'en rendre compte...
Et nos formateurs ? Ceux qui nous ont supportés pendant ces longs mois d'hiver : Loïc et Guillaume.
23 et 27 ans. Le premier, impatient et exigeant (comme il faut) et le second, pédagogue et parfois trop patient. Ils se complétaient parfaitement. C'est une chance d'être tombée sur eux. Fins observateurs et à l'écoute, ils cernent vite les personnes et pointent les difficultés de chacun avec diplomatie. Exercice périlleux dans lequel ils excellent, ce qui n'est pas gagné vu le caractère de certains d'entre nous....