Le rythme, parlons-en

Lever : 7- 7h30. Départ du port : 9-10h. Déjeuner : quand on a faim. Navigation : toute la journée. Arrivée au port : 19h,21h ou 23h. Coucher : minuit. Lever : 7h ... et ainsi de suite. Quand je rentrais de deux semaines de stages, j'étais claquée, juste bonne à m'enfouir sous la couette et dormir pour un tour de cadran. Il me fallait bien 3- 4 jours pour m'en remettre. Loïc et Guillaume nous laissent peu de temps pour souffler. J'ai froid, je suis fatiguée, j'ai le mal de mer, je tousse et je fais des migraines à répétition. Non vraiment, un rythme un tout petit peu moins «mécanique»ne m'aurait pas déplu.

Nous arrivons tard le soir, dans les ports. Une fois à quai, on fait un débriefing de la journée, on recharge les batteries du bateau, on prend parfois un douche, on prépare le dîner, on mange, on fait la vaisselle à la capitainerie, on se lave les dents et on se couche. Le lendemain matin, on déjeune, on fait une toilette rapide, on prépare le bateau, on va éventuellement acheter le pain et on part le plus vite possible. Nous ne voyons rien de la vie du port. Pas le temps. A moins de sacrifier une précieuse heure de sommeil ou le temps d'une - rare- douche. Nous voici de simples consommateurs. Nous arrivons, consommons les services à notre disposition et repartons. Les ports sont devenus des ports-dortoirs. Rien d'autre. Quelle frustration. Mais voilà, comme me disent mes formateurs : «Anne, c'est une formation ». Oui, mais une formation où l'on commence vers 7h et finit vers 23h, où l'on vit 24h sur 24 avec ses camarades, moi j'en connais peu...


Si j'avais un reproche à faire à Guillaume et Loïc, ce serait à propos du temps libre. Peu, trop peu de temps pour souffler lors de nos stages. Juste pour aller boire un café ou acheter le journal. Pour se balader une heure, voir d'autres têtes et s'aérer l'esprit, hors du bateau. D'ailleurs, ils ont dû s'en rendre compte de ce manque, car au fur et à mesure de la formation, il devenait de moins en moins évident de nous rassembler tous à une heure précise. Il y en avait toujours un/une qui traînait et arrivait un quart-d'heure après, ou plus... Nous étions une poignée à tenter de grappiller quelques secondes ici ou là : en se rendant aux sanitaires, en allant payer le port à la capitainerie, en partant acheter le pain,... J'avais parfois l'impression d'être une adolescente, obligée de réclamer un peu de liberté...