Le mal de mer

Pour la radio, j''avais interviewé un navigateur sur le mal de mer. Il m'avait dit ceci : "C''est horrible, ça vous plombe le moral". C'est exactement cela.
Je ne vous ai pas encore parlé du mal de mer, élément pourtant essentiel de ma formation. On dit que cela vient d'un problème d'oreille interne. Dans ce cas, si l'ablation de cette partie du corps est possible, je suis candidate.
Oui, je l'avoue : le mal de mer aime me prouver son affection. Pour une monitrice de voile, quelle aubaine. Et quelle injustice.
Dans mon cas, il peut apparaître sous diverses formes. Lancinant, une sensation de nausée s'installe doucement, pour ne repartir que des heures et des heures plus tard.
Imprévu, il débarque d'un coup. Il me faut un seau dans la minute et une fois le ventre vidé, c'est comme s'il ne s'était rien passé.

Pour rendre la plâtrée de riz avalée quelques heures plus tôt, il y a plusieurs techniques. Mais avant tout, il existe une règle primordiale à retenir : jamais face au vent, toujours dans le sens du vent. Vous éviterez ainsi les mauvaises surprises...
Certains se mettent sur le pont, s'assoient en tournant le dos et nourrissent les poissons en toute discrétion. J'ai tenté, mais ça n'était pas très convaincant. Du coup, j'ai adopté une méthode très personnelle et, de surcroît, divertissante pour mes collègues. Je m'allonge à l'arrière du bateau, la tête juste au-dessus de l'eau, le nez frôlant parfois la surface et me consacre à mon entreprise avec force conviction. Mes co-équipiers bénéficient ainsi d'une vue imprenable sur mes fesses, heureusement perdues dans ma salopette. Cette position n'étant pas des plus confortables par mer formée et mes abdominaux me tiraillant, au fil des croisières j'ai fini par accepter un simple seau, posé entre mes jambes et devenu depuis fidèle compagnon de mes navigations.

Ainsi, au cours de mes stages j'ai parfois endossé le rôle de chef de bord ... la tête dans le seau. Descendre à l'intérieur pour regarder la carte, gérer la journée de l'équipage, organiser les manœuvres, choisir l'itinéraire... Pour moi et mon ami le seau, cela donnait à peu près ceci : "On prend un ris" - interlude du seau - "cap sur le 210° " - intermède gastrique - " vous passez à gauche de la bouée cardinale" - parenthèse salvatrice - etc ...
Heureusement, pour contrer tous ces
désagréments la déesse Mercalm était régulièrement invoquée.
Un petit comprimé et le seau disparaît. Une pilule oubliée et le seau réapparaît...