L'équipage... la suite

Nous sommes donc dix. Dix stagiaires, de 20 à 46 ans. Après Regis et André, je vais vous présenter quelques autres de mes comparses.

Florence et Vincent.
Une certaine tendance à être en retard, pour ce duo que nous avons très vite surnommé le « couple infernal ». Florence, toujours de bonne humeur avec son énergie débordante et un petit côté Madame sans-gêne qui peut en irriter certains. Vincent le lunatique, sage d'apparence mais grand gamin à ses heures. Ils vivent dans une yourte à côté de Rennes, sur un terrain à l'orée d'un petit bois. L'été, ils amassent des kilos de farine et de sauce tomate et partent faire des pizzas dans un camping, sur la Presqu'île de Quiberon. Le reste de l'année, ils vivent chichement de ces deux mois de travail intensif.

Monsieur et Madame Infernal se titillent, se prennent dans les bras, s'envoient sur les roses. Mais au fil de la formation, on les voit moins ensemble. Ils sont plus distants l'un avec l'autre. Ils sont arrivés en couple, mais repartent chacun de leur côté.


Un autre personnage, c'est Pascal.
Bronzé, décontracté, souriant. La quarantaine séduisante, c'est un peu notre "bel hidalgo". Ca tombe bien, il vit en Andalousie où il peint des trompe-l'oeil, des fresques, des faux marbres, des portraits,... tout ce que ses clients lui demandent, pour décorer leur somptueuse maison.
Pascal ne s'énerve jamais, a toujours le sourire aux lèvres, reste zen en toutes circonstances. Il a été marié à une prof de yoga. l'explication est peut-être là. Le cheveux long, soyeux et argenté, Pascal est le seul de nous tous à avoir un sèche-cheveux. C'est donc un homme envié. Mais cet appareil lui a surtout servi à réchauffer son duvet, plus adapté aux chaleurs andalouses qu'aux froides soirées d'hiver des côtes bretonnes...


Dans cette formation, nous sommes trois filles. Après Flo et moi-même, la troisième c'est Cathy.
Cathy se jette sur tout. Dès qu'il y a quelquechose à faire, c'est pour elle : une voile à hisser, le spi à envoyer, un ris à prendre, une purée à préparer, le couvert à débarrasser,... Une fois, elle s'est même jetée à moitié dans l'eau (en plein hiver) pour récupérer un pare-battage (bouée servant à protéger les bords du bateau) ! La seule chose pour laquelle elle ne se précipite pas, c'est pour monter au mât... Mais Cathy, c'est avant tout quelqu'un d'une rare générosité. A chaque début de stage, elle arrive avec sa cagette pleine de confitures maison, de pâtés, de liqueurs et de bocaux qu'elle récupère lors des visites chez ses parents, dans la Creuse. Elle répartit équitablement entre les bateaux et nous, on se régale. Cathy travaille
au Mans, dans la logistique. Organisée, rigoureuse, ordonnée, on aime bien lui dire qu'elle est un peu "notre mère à tous". Elle a un petit côté rangé, mais elle lutte. On sent que Les Glénans lui font du bien. La libèrent. Lui donnent cette folie qui ne demande qu'à sortir...
Le mal de mer

Pour la radio, j''avais interviewé un navigateur sur le mal de mer. Il m'avait dit ceci : "C''est horrible, ça vous plombe le moral". C'est exactement cela.
Je ne vous ai pas encore parlé du mal de mer, élément pourtant essentiel de ma formation. On dit que cela vient d'un problème d'oreille interne. Dans ce cas, si l'ablation de cette partie du corps est possible, je suis candidate.
Oui, je l'avoue : le mal de mer aime me prouver son affection. Pour une monitrice de voile, quelle aubaine. Et quelle injustice.
Dans mon cas, il peut apparaître sous diverses formes. Lancinant, une sensation de nausée s'installe doucement, pour ne repartir que des heures et des heures plus tard.
Imprévu, il débarque d'un coup. Il me faut un seau dans la minute et une fois le ventre vidé, c'est comme s'il ne s'était rien passé.

Pour rendre la plâtrée de riz avalée quelques heures plus tôt, il y a plusieurs techniques. Mais avant tout, il existe une règle primordiale à retenir : jamais face au vent, toujours dans le sens du vent. Vous éviterez ainsi les mauvaises surprises...
Certains se mettent sur le pont, s'assoient en tournant le dos et nourrissent les poissons en toute discrétion. J'ai tenté, mais ça n'était pas très convaincant. Du coup, j'ai adopté une méthode très personnelle et, de surcroît, divertissante pour mes collègues. Je m'allonge à l'arrière du bateau, la tête juste au-dessus de l'eau, le nez frôlant parfois la surface et me consacre à mon entreprise avec force conviction. Mes co-équipiers bénéficient ainsi d'une vue imprenable sur mes fesses, heureusement perdues dans ma salopette. Cette position n'étant pas des plus confortables par mer formée et mes abdominaux me tiraillant, au fil des croisières j'ai fini par accepter un simple seau, posé entre mes jambes et devenu depuis fidèle compagnon de mes navigations.

Ainsi, au cours de mes stages j'ai parfois endossé le rôle de chef de bord ... la tête dans le seau. Descendre à l'intérieur pour regarder la carte, gérer la journée de l'équipage, organiser les manœuvres, choisir l'itinéraire... Pour moi et mon ami le seau, cela donnait à peu près ceci : "On prend un ris" - interlude du seau - "cap sur le 210° " - intermède gastrique - " vous passez à gauche de la bouée cardinale" - parenthèse salvatrice - etc ...
Heureusement, pour contrer tous ces
désagréments la déesse Mercalm était régulièrement invoquée.
Un petit comprimé et le seau disparaît. Une pilule oubliée et le seau réapparaît...